Pleurer : quand le corps dépose ce que l'esprit porte depuis trop longtemps
- il y a 3 jours
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Nous associons souvent les larmes à la souffrance, à la fragilité ou à une forme de perte de contrôle.
Pourtant, elles racontent souvent tout autre chose.
Les larmes apparaissent fréquemment lorsque nous cessons enfin de retenir, de contenir, de porter ou de lutter contre ce qui est déjà là.
Elles marquent souvent le passage d'un état de tension à un état de relâchement.
Ce n'est pas un hasard si elles surviennent après une accumulation émotionnelle, une période difficile ou un moment où nous nous sentons enfin suffisamment en sécurité pour déposer ce que nous portions depuis longtemps.
Les larmes ne sont donc pas seulement la conséquence d'une émotion.
Elles sont souvent le signe que l'organisme accepte enfin de traverser cette émotion.
Et c'est probablement là leur fonction la plus précieuse.
Car ce n'est pas tant l'évacuation qui est thérapeutique que l'autorisation.
L'autorisation de ressentir.
L'autorisation d'être touché.
L'autorisation de déposer ce qui était porté depuis trop longtemps.
L'autorisation d'être humain.
Sur le plan physiologique, les pleurs participent également à la régulation du système nerveux. Ils s'accompagnent souvent d'un ralentissement progressif de l'état d'alerte, favorisent le retour au calme et permettent de sortir d'une mobilisation émotionnelle qui demandait beaucoup d'énergie.
Sur le plan psychologique, ils contribuent à l'intégration des émotions plutôt qu'à leur évitement. Ils permettent souvent davantage de clarté, de conscience de soi et de connexion à ses besoins profonds.
Les larmes ne résolvent pas tout.
Elles ne changent pas le passé.
Mais elles témoignent souvent d'un mouvement essentiel : celui d'un organisme qui cesse de lutter contre ce qu'il ressent.
En ce sens, pleurer n'est pas perdre le contrôle.
C'est parfois accepter de ne plus être en guerre contre soi-même.
Peut-on s'autoriser à pleurer devant ses enfants ?
Beaucoup de parents s'en empêchent par peur d'inquiéter leurs enfants ou de leur faire porter quelque chose qui ne leur appartient pas.
Cette préoccupation est légitime. Mais elle mérite d'être examinée avec attention.
Car les enfants perçoivent bien davantage que ce que nous imaginons. Ils sentent les tensions. Ils remarquent les changements de ton, de posture ou d'humeur.
Ils perçoivent souvent la tristesse avant même qu'elle ne soit exprimée.
Lorsqu'un enfant ressent que son parent est triste mais observe ce même parent lui affirmer que tout va bien, il se retrouve face à une contradiction :
« Je sens quelque chose. »
« Pourtant on me dit autre chose. »
Cette incohérence est souvent plus perturbante que l'émotion elle-même. Car l'enfant, par loyauté envers son parent, ne va généralement pas remettre en question la parole de l'adulte.
Il risque davantage de remettre en question sa propre perception.
Peu à peu, il peut apprendre à douter de ce qu'il ressent, à se méfier de son intuition émotionnelle ou à considérer que sa boussole intérieure n'est pas fiable.
À l'inverse, lorsqu'un parent peut simplement dire :
« Je suis triste aujourd'hui. »
« J'ai besoin de pleurer un peu. »
« Je traverse quelque chose et cela va passer. »
L'enfant reçoit un enseignement précieux.
Il découvre que les émotions ont leur place.
Qu'elles peuvent être accueillies sans être dangereuses. Qu'elles passent. Qu'elles n'empêchent ni d'aimer, ni de protéger, ni de continuer à vivre.
Il apprend également qu'après les larmes, il existe encore des sourires, du lien, de la sécurité et de la joie.
Une distinction essentielle mérite cependant d'être faite.
Ce ne sont pas les pleurs qui parentifient un enfant.
Ce qui peut le placer dans une position qui n'est pas la sienne, c'est lorsqu'il devient responsable du bien-être émotionnel de son parent, lorsqu'il doit le rassurer, le consoler ou porter sa souffrance.
Mais un parent qui exprime sa tristesse, qui nomme ce qu'il ressent avec simplicité et qui reste l'adulte de la situation transmet tout autre chose.
Il transmet à son enfant le droit de ressentir.
Il transmet l'idée que les émotions peuvent être traversées.
Il transmet la confiance qu'il est possible d'être vulnérable tout en restant solide.
Et dans une société qui a longtemps appris à cacher les émotions davantage qu'à les accueillir, cela constitue peut-être l'une des plus belles transmissions possibles.
Alors la prochaine fois que les larmes se présentent, accueillez-les comme le signe qu'une partie de vous s'autorise enfin à déposer ce qu'elle portait seule depuis trop longtemps!




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