Ma belle-mère n’est pas ma fée marraine… et alors ?
- il y a 9 heures
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Ah, la belle-mère…
Il existe parfois, autour de cette figure familiale, tout un scénario digne d’une comédie romantique : « Je vais rencontrer la mère de mon conjoint, nous allons nous adorer, elle deviendra presque une seconde maman, nous partagerons des confidences, elle sera merveilleuse avec moi… »
Et puis, dans la vraie vie :
« Bon… en fait, je ne l’aime pas beaucoup. »
Et c’est parfois là que les choses deviennent psychologiquement intéressantes.
Quand on idéalise aussi… sa belle-mère
Nous avons souvent tendance à idéaliser le mariage : l’idée du couple, de la famille que nous allons construire, de ce que nous allons ressentir.
Il arrive que cette idéalisation s’étende à la belle-famille.
On n’idéalise alors pas nécessairement la personne elle-même, mais ce qu’elle représente dans notre imaginaire : une nouvelle famille, une femme qui pourrait devenir une seconde mère, une continuité entre notre famille d’origine et notre nouvelle vie conjugale.
Le problème apparaît lorsque la réalité ne correspond pas au scénario imaginé.
On constate que l’on ne ressent pas cette affection particulière.
Que l’on n’a pas envie de se confier.
Que certaines attitudes nous agacent.
Et parfois même que, tout simplement, on n’aime pas vraiment cette personne!
Cette découverte peut être étonnamment culpabilisante.
Et c’est parfois là que commence… la critique
Parce que se dire intérieurement : « Je n’aime pas ma belle-mère »
peut être beaucoup plus difficile à vivre que : « Ma belle-mère est désagréable/toxique/froide/égoïste. »
La première phrase parle de soi. La seconde parle de l’autre.
Et ce déplacement peut être psychologiquement très confortable.
Lorsque nous découvrons que nous ne ressentons pas pour quelqu’un les émotions que nous pensions devoir ressentir, nous pouvons éprouver de la culpabilité :
« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?
Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à l’aimer ?
Pourquoi cette relation ne me touche-t-elle pas davantage ? »
Et plutôt que de rester au contact de cette culpabilité, nous pouvons progressivement nous mettre à chercher tout ce qui, chez l’autre, explique et justifie notre absence d’affection.
Elle est trop intrusive. Elle ne s’intéresse pas assez à moi. Elle ne fait jamais cela. Ma mère, elle-même, ne l’apprécie pas…
Et sans forcément s’en rendre compte, nous construisons parfois le dossier à charge.
Parce qu’il peut être psychiquement plus facile de penser :
« Je ne l’aime pas parce qu’elle est comme ça »
que de reconnaître :
« Je ne l’aime peut-être tout simplement pas… et cela me culpabilise. »
Il peut alors se produire quelque chose d’assez humain : pour ne pas avoir à être « la mauvaise personne », nous avons besoin que l’autre devienne, quelque part, « le problème ».
La culpabilité se transforme en reproches. Le malaise se transforme en critiques. Et l’autre devient progressivement responsable de ce que nous ressentons.
Cela ne signifie évidemment pas que les reproches sont imaginaires ou que la belle-mère n’a rien à se reprocher. Une relation peut être réellement difficile.
Mais il peut être intéressant de se demander :
« Est-ce que je suis uniquement en train de décrire ce qui me dérange chez elle… ou suis-je aussi en train de chercher des raisons de me sentir légitime de ne pas l’aimer ? »
Cette question peut parfois changer beaucoup de choses.
Et parfois, La situation peut devenir encore plus complexe lorsque la relation avec sa propre mère est particulièrement proche, voire fusionnelle.
Une question inconsciente peut alors parfois se poser :
« Ai-je le droit d’investir affectivement une autre femme qui occupe une place maternelle dans ma vie ? »
Et lorsque sa propre mère exprime elle-même qu’elle n’apprécie pas la belle-mère, la situation peut devenir encore plus chargée.
Aimer ou apprécier quelqu’un que sa mère désapprouve peut alors être vécu, même très inconsciemment, comme une forme de déloyauté :
« Si maman ne l’aime pas, comment pourrais-je, moi, l’aimer ? »
Il peut également exister une forme de rivalité symbolique entre les deux familles, chacune pouvant chercher, explicitement ou implicitement, à conserver une place particulière auprès du couple.
Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer que ces mécanismes sont présents dans toutes les familles. Mais ils constituent des pistes intéressantes lorsque l’intensité émotionnelle autour de la belle-famille semble disproportionnée par rapport aux faits.
Les travaux issus de l’approche systémique et de la théorie de Bowen permettent notamment de penser ces phénomènes en termes de différenciation : comment rester profondément attaché à sa famille d’origine tout en construisant une nouvelle unité conjugale, avec ses propres choix, ses propres liens et ses propres frontières ?
Une chose que l’on oublie souvent : nous ne sommes pas obligés d’aimer nos beaux-parents
Cela paraît évident.
Et pourtant, beaucoup de personnes vivent cette absence d’affection comme une anomalie.
Nous ne sommes pas obligés d’aimer nos parents.
Alors pourquoi serions-nous obligés d’aimer nos beaux-parents ?
Nous pouvons les respecter. Les apprécier parfois. Partager certains moments avec eux. Construire une relation agréable.
Mais l’affection ne se décrète pas.
Et ne pas ressentir une grande proximité avec sa belle-mère ne dit absolument rien, à lui seul, de l’amour que l’on porte à son conjoint.
Et nos parents et nos beaux-parents doivent-ils forcément s’aimer ?
Là encore, nous avons parfois une vision très… Walt Disney de la famille.
Dans l’idéal, nous aimerions que nos parents et nos beaux-parents s’entendent parfaitement, deviennent amis, organisent des repas ensemble et passent leurs vacances côte à côte.
C’est charmant.
Mais ce n’est absolument pas une obligation.
Ils peuvent simplement se respecter, se croiser occasionnellement et très bien vivre avec le fait de ne pas être particulièrement proches.
Et la réalité des couples contemporains rend cette évidence encore plus visible : de nombreux couples vivent ensemble pendant des années sans mariage, parfois sans que leurs familles respectives aient réellement l’occasion de se rencontrer.
Même dans les couples mariés, les familles peuvent se voir très peu.
Nous créons parfois une obligation relationnelle là où il n’existe, en réalité, aucune obligation affective.
Et cela vaut aussi pour les beaux-fils
Le mécanisme n’est évidemment pas réservé aux belles-mères.
La relation avec un beau-fils, une belle-fille, un beau-père ou une belle-mère peut susciter les mêmes attentes, les mêmes déceptions et parfois les mêmes culpabilités.
« Je pensais que nous allions être proches. »« Je pensais que je ressentirais quelque chose de particulier. »« Pourquoi est-ce que je n’y arrive pas ? »
Et là encore, lorsque l’émotion devient difficile à assumer, il peut être tentant de transformer l’inconfort intérieur en une longue liste de défauts chez l’autre.
Alors, faut-il le dire à son conjoint ?
C'est probablement le point le plus délicat.
Dire brutalement : « Je n’aime pas ta mère. »
risque évidemment de placer le conjoint dans une position impossible : « Dois-je choisir entre ma femme et ma mère ? »
Mais il existe une tout autre manière de parler de ce que l'on ressent.
Par exemple :
« J’aurais aimé avoir une relation différente avec ta mère. J’aurais aimé ressentir davantage d’affection ou de proximité. Et je me rends compte que ce n’est pas ce que je ressens. Cela me culpabilise beaucoup et j’avais peur de t’en parler parce que je ne voulais pas te blesser. »
Ce n'est plus une attaque contre la mère.
C'est une confession intime sur soi-même.
Et la différence est considérable.
La vulnérabilité peut alors devenir un moyen de rapprochement dans le couple, plutôt qu'un nouveau sujet de conflit.
À l’inverse, ne jamais en parler peut parfois conduire à l’effet inverse : continuer à accumuler les critiques, les remarques et les reproches envers la belle-mère, avec le risque que ces critiques atteignent finalement le conjoint beaucoup plus directement qu’une conversation honnête et vulnérable.
Peut-être que la vraie question n'est donc pas :
« Comment réussir à aimer ma belle-mère ? »
Mais plutôt :
« Puis-je accepter de ne pas ressentir ce que j’avais imaginé ressentir, sans culpabiliser… et sans avoir besoin de transformer ma belle-mère en coupable ? »
Parce qu'au fond, la liberté relationnelle commence parfois par quelque chose de très simple :
avoir le droit de ne pas aimer quelqu'un… même quand cette personne est la mère de la personne que l'on aime.
Et peut-être qu’une famille équilibrée, ce n’est finalement pas une famille où tout le monde s’adore, mais une famille où chacun peut tranquillement ne pas s’adorer… sans que tout le royaume s’effondre.




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