La colère : visiblement, même Instagram n’est pas prêt…
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Je m’apprêtais à publier sur Instagram un article sur la colère. Un texte pour réhabiliter cette émotion souvent mal comprise.
Copier. Coller. Une fois. Deux fois. Dix fois. Quinze fois.
Refusé.

Je commence à m’interroger… puis à m’agacer légèrement. Et là, je découvre quelque chose d’assez savoureux : certains mots de mon texte seraient “trop chargés émotionnellement”.
Parmi eux : Le mot colère !
Il ne serait pas interdit, non. Simplement… surveillé. Ralenti. Filtré car considéré comme trop intense émotionnellement !!!
Et là, je dois dire que la situation devient presque comique.
Parce que, précisément, mon travail consiste à accompagner des personnes qui passent leur temps à vouloir faire disparaître cette émotion. À la considérer comme un problème, quelque chose qu’il faudrait éradiquer.
Et voilà que, même dans nos espaces d’expression, quelque chose semble aller dans ce sens :adoucir, lisser, atténuer.
Alors soyons clairs : non, je n’ai pas envisagé une seule seconde de modifier ce texte et de le "nuancer" comme on me le demandait .C’est assez mal me connaître.
Parce que ce message est précisément l’inverse de ça.
La colère n’est pas une erreur à corriger. Elle est un signal.
Un véritable gyrophare intérieur qui s’allume lorsqu’il y a quelque chose à regarder.
Une alerte qui vient dire : “là, quelque chose compte pour toi.”
Derrière la colère, il y a presque toujours des émotions plus vulnérables — de la tristesse, de la peur, un sentiment d’injustice — et surtout, des besoins essentiels qui n’ont pas été respectés.
En psychologie des émotions, chaque émotion a une fonction. La colère, elle, vient nous signaler qu’une limite a été franchie.
Elle éclaire. Comme une lampe torche dirigée vers ce que nous n’avions pas encore vraiment regardé.
Parfois, elle dit simplement : “c’est trop pour moi.”
Et surtout, elle met en mouvement.
Parce que la colère n’est pas qu’un ressenti. C’est aussi une énergie d’action.
Elle nous pousse à poser des limites, à dire non, à réajuster ce qui doit l’être, à nous repositionner là où nous nous étions peut-être oubliés.
Lorsqu’elle est refoulée ou subie, elle peut devenir envahissante. Mais lorsqu’elle est écoutée, elle devient un levier d’ajustement extrêmement précieux.
Alors oui, il y a quelque chose d’ironique à voir cette émotion “filtrée” au moment même où l’on tente de lui redonner sa juste place.
Mais au fond, cela illustre parfaitement le sujet.
Nous vivons dans une culture qui valorise le calme, le contrôle, le confort émotionnel…et qui peine encore à faire de la place à ce qui dérange, à ce qui déborde, à ce qui intensifie.
Or, la colère ne cherche pas à être agréable. Elle cherche à être entendue.
Et ce que nous cherchons à faire taire finit souvent par se faire entendre autrement.
Alors non, je ne vais pas retirer ce mot. Ni le lisser. Ni faire semblant qu’il est moins important qu’il ne l’est.
Parce que c’est justement en lui redonnant sa place que quelque chose peut se transformer.
Derrière chaque colère, il y a un besoin qui attend d’être reconnu.




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