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Infidélité : à force de vouloir comprendre et contrôler, on finit parfois par s'empêcher de reconstruire.

il y a 7 minutes
8 min de lecture

Pourquoi je crois davantage à la reconstruction du lien qu'à la surveillance, aux preuves et aux longues périodes de mise à l'épreuve.



Dans mon cabinet, je rencontre régulièrement des couples qui tentent de se reconstruire après une infidélité. Des couples qui s'aiment encore, qui souhaitent poursuivre leur histoire, mais qui se retrouvent prisonniers d'un événement auquel ils reviennent sans cesse.

Celui qui a été trompé cherche à comprendre, à se rassurer, à retrouver des certitudes. Celui qui a trompé tente de réparer, de répondre aux questions, de prouver qu'il est désormais digne de confiance.

Et pourtant, je constate souvent combien ces tentatives de réparation peuvent, paradoxalement, entretenir la souffrance qu'elles cherchent à apaiser.

Car à vouloir éviter que le passé se reproduise, nous risquons parfois de continuer à le faire vivre au présent.


Comprendre ne suffit pas à empêcher que cela recommence

Après une infidélité, la question revient inlassablement : pourquoi ?

Pourquoi cette personne ?

Pourquoi à ce moment-là ?

Qu'est-ce qui me manquait ?


Derrière ces interrogations légitimes se cache souvent une croyance plus profonde : si je comprends exactement ce qui s'est passé, peut-être pourrai-je empêcher que cela se reproduise.

Mais comprendre ne constitue pas une garantie. Nous savons que le tabac est mauvais pour notre santé, sans que cela nous empêche toujours de fumer. Nous connaissons les erreurs du passé, sans parvenir systématiquement à éviter de les répéter.

Comprendre peut nous aider à évoluer, à identifier nos fragilités et à prendre nos responsabilités. Mais chercher indéfiniment une explication capable de nous protéger de toute incertitude risque de nous enfermer dans une impasse.

Je vois parfois des couples passer des mois à revisiter les mêmes détails, comme si une dernière réponse allait enfin leur permettre de retrouver la paix.

Or, à force de regarder ce qui s'est passé, quand trouvons-nous le temps de construire ce que nous souhaitons vivre demain ?


Et si l'infidélité parlait parfois davantage de soi que de l'autre ?

J'entends régulièrement des patients me dire : « Je ne comprends même pas comment j'ai pu faire ça. Ce n'est tellement pas moi. »

Certains racontent leur infidélité avec une étrange impression de distance, presque comme s'ils parlaient de quelqu'un d'autre. D'autres, en recroisant la personne avec laquelle ils ont trompé leur conjoint, s'étonnent eux-mêmes : qu'ont-ils bien pu lui trouver ?


Cette personne n'a parfois rien de particulièrement remarquable. Mais elle a pu représenter, à un moment précis, une possibilité de s'évader, de se sentir à nouveau vivant, désiré ou libre.

C'est une dimension qu'explore notamment Esther Perel dans Je t'aime, je te trompe : certaines infidélités peuvent s'inscrire dans une quête de soi, dans le désir de retrouver une part de son identité que l'on a progressivement perdue.


À force de compromis, de besoins tus et de suradaptation, nous pouvons parfois nous éloigner de nous-mêmes. Et lorsque la souffrance devient importante, nous pouvons perdre momentanément le contact avec nos repères et nos valeurs.


Cela ne justifie évidemment pas l'infidélité. Mais cela peut aider à comprendre ce qui s'est joué. Toutes les situations ne répondent pas à cette dynamique, mais lorsqu'elle existe, elle mérite d'être explorée.

Car si quelqu'un a cherché ailleurs une version de lui-même qu'il ne parvenait plus à retrouver, comment imaginer que la reconstruction puisse passer uniquement par davantage de contraintes et de culpabilité ?


Quand la peur devient du contrôle

Après une infidélité, celui qui a été trompé peut ressentir une profonde perte de sécurité. Il ne doute pas seulement de l'autre : il peut aussi douter de son propre jugement. Comment n'ai-je rien vu ? Comment puis-je encore faire confiance à mon intuition ?

Pour retrouver une forme de contrôle, il peut alors demander davantage de transparence : savoir où l'autre se trouve, avec qui il déjeune, à qui il écrit, parfois même consulter son téléphone.

Je comprends ce besoin. Mais une question me semble essentielle : si ma sécurité dépend désormais de ma capacité à vérifier les comportements de l'autre, suis-je véritablement en train de retrouver confiance ?

Une patiente m'a un jour donné une image que j'ai trouvée particulièrement parlante. Lorsqu'elle écrivait un simple message à une collègue, son conjoint lui demandait à qui elle écrivait.

Elle me disait avoir l'impression de sortir d'un magasin et de déclencher le portique de sécurité alors qu'elle n'avait rien volé. Elle savait qu'elle n'avait rien fait de mal, mais se sentait malgré tout suspecte.

Cette image illustre bien ce qui peut se produire lorsque nous sommes durablement regardés à travers le prisme d'une faute. La personne n'est plus simplement quelqu'un qui a commis une infidélité : elle devient quelqu'un dont il faudrait constamment se méfier.

Et comment retrouver une relation vivante lorsque l'un reste enfermé dans la peur et l'autre dans la culpabilité ?


Sortir des rôles de victime et de coupable

Reconnaître sa responsabilité est indispensable. Mais vivre durablement dans une position de coupable n'est pas réparer.

Lorsque l'un se sent autorisé à exiger toujours davantage et que l'autre accepte ces exigences parce qu'il se sent redevable, un déséquilibre peut s'installer. La relation devient alors un espace de surveillance et de soumission, plutôt qu'un espace de reconstruction.

Prenons un exemple : une femme qui a trompé son conjoint accepte désormais de le prévenir chaque fois qu'elle déjeune avec un homme. Elle souhaite le rassurer et lui montrer qu'elle n'a rien à cacher.

Mais je l'inviterais à se demander : si je ne me sentais pas coupable, si je n'avais pas peur de sa réaction, aurais-je spontanément ce comportement ?

Et j'inviterais également son conjoint à s'interroger : si je n'avais pas peur d'être à nouveau trompé, aurais-je besoin de cette information ?

Ces questions permettent de distinguer ce qui nourrit véritablement le lien de ce qui cherche simplement à apaiser une peur.

Bien sûr, une transparence librement consentie peut parfois contribuer à restaurer la confiance. Mais elle ne devrait pas devenir une obligation permanente.

Si je dois sans cesse démontrer que je suis digne de confiance, quand pourrai-je simplement me sentir digne de confiance ?


La confiance ne se reconstruit pas au terme d'une période probatoire

Je ne suis pas convaincue qu'il faille nécessairement attendre des mois, voire des années, avant de pouvoir refaire confiance. Comme si le temps passé à prouver sa bonne volonté permettait, à lui seul, de garantir que l'infidélité ne se reproduira pas.

Le temps peut être nécessaire pour accueillir la douleur, observer les changements et retrouver des repères. Personne ne devrait être contraint de faire confiance avant de s'en sentir capable.

Mais attendre ne suffit pas. Ce qui compte, c'est ce que nous faisons de ce temps.

Plus nous entretenons la surveillance, le ressentiment et la mise à l'épreuve, plus nous risquons de consolider les mécanismes qui nous enferment dans la méfiance.

Car nous vivons dans un monde incertain. Nous pouvons multiplier les précautions et les garanties, nous ne pourrons jamais supprimer totalement le risque d'être déçus ou blessés.

Je préfère être avec quelqu'un qui choisit librement de me rester fidèle qu'avec quelqu'un dont je cherche constamment à contrôler les possibilités de me tromper.

La fidélité prend tout son sens lorsqu'elle relève d'un engagement, et non de l'impossibilité de faire autrement.


Chacun a une part de confiance à reconstruire

Dans mes accompagnements, j'invite les deux partenaires à retrouver leur propre capacité à avancer.

Celui qui a été trompé a besoin de retrouver confiance en lui, en son discernement, en sa valeur et en sa capacité à faire face à l'incertitude. Sa sécurité ne peut pas dépendre exclusivement du comportement de son conjoint.

Celui qui a trompé doit, de son côté, assumer ses actes, comprendre autant que possible ce qui s'est joué et retrouver confiance en sa capacité à agir conformément à ses valeurs.

S'il s'est éloigné de lui-même, de ses besoins ou de ce qui le rend vivant, il est essentiel qu'il puisse travailler sur ces dimensions.

Retrouver son estime, sa joie et sa capacité à prendre soin de soi peut être bien plus constructif que de vivre durablement sous le poids de la culpabilité.

La culpabilité peut nous aider à prendre conscience de nos actes. Elle ne devrait pas devenir notre identité.

Et il me semble essentiel que celui qui a été trompé puisse, lui aussi, progressivement envisager que son partenaire évolue, change et devienne capable de construire une relation différente.

Cela ne signifie ni oublier, ni minimiser la blessure, ni accorder une confiance aveugle. Cela signifie permettre à chacun de sortir du rôle dans lequel l'événement l'a enfermé.


Et maintenant, quelle relation voulons-nous construire ?

Je pose souvent aux couples une question simple :

« Est-ce que ce comportement est au service de notre lien, ou au service de ma peur ? »

Est-ce que je demande à voir son téléphone parce que cela nourrit notre relation, ou parce que je cherche à calmer mon inquiétude ? Est-ce que je cherche à comprendre pour évoluer, ou pour obtenir la certitude que je ne souffrirai plus jamais ?

Ces questions permettent de revenir à l'essentiel.

Non plus seulement : comment faire pour que cela ne se reproduise jamais ?

Mais plutôt : comment souhaitons-nous nous sentir ensemble ? Quelle relation avons-nous envie de construire ? Qu'avons-nous envie de retrouver, de transformer, d'expérimenter ?

Car nous ne pouvons pas modifier le passé. En revanche, nous pouvons choisir ce que nous souhaitons nourrir aujourd'hui.

Cela suppose que l'infidélité ait cessé, que les engagements soient sincères et que les actes permettent progressivement de retrouver de la fiabilité. Et parfois, malgré les efforts, la confiance ne peut pas être restaurée. Reconstruire peut aussi signifier accepter de se séparer.

Mais lorsque les deux partenaires souhaitent poursuivre leur histoire, je crois profondément à l'importance de sortir de la recherche permanente de coupables et de la période probatoire.


L'enjeu n'est pas de faire en sorte que la tentation ne puisse plus jamais exister. L'enjeu est de construire une relation suffisamment riche et épanouissante pour que nous ayons envie de la préserver, même lorsque la tentation se présente.

Car oui, nous pouvons continuer à être attirés par quelqu'un d'autre. Nous pouvons ressentir du désir, être troublés par une rencontre, éprouver cette sensation agréable d'être regardés différemment. Aimer quelqu'un ne nous rend pas imperméables à toute attirance extérieure.

Mais la question est ailleurs : lorsque cette possibilité se présente, qu'avons-nous construit dans notre propre relation qui nous donne envie de ne pas tout mettre en balance ?

Si je me sens bien dans mon couple, si je m'y sens aimé, libre, désiré, vivant, si nous avons construit une complicité, une intimité et une histoire qui ont du sens pour moi, alors je peux prendre conscience de ce que je risquerais de fragiliser pour une expérience éphémère.

Ce n'est pas la peur d'être découvert, la culpabilité ou la surveillance qui me retient. C'est la valeur que j'accorde à ce que nous avons construit ensemble.

Ce qui me donne envie de ne pas tromper l'autre, ce n'est pas nécessairement de ne plus jamais désirer ailleurs. C'est de ne pas avoir envie de sacrifier la qualité de notre lien à ce désir passager.

Et c'est là que je trouve essentiel de réinjecter du désir dans la relation elle-même. De continuer à se découvrir, à se surprendre, à se séduire, à nourrir la curiosité, la liberté et la vitalité de chacun. De ne pas considérer le couple comme un acquis, mais comme une relation que nous continuons à faire vivre.

Reconstruire, ce n'est donc pas revenir à la relation d'avant. C'est se donner la possibilité d'en créer une nouvelle, dans laquelle chacun retrouve sa place, sa dignité et sa liberté.

Ma conviction est que nous ne pouvons pas construire une relation apaisée en organisant durablement notre vie autour de la peur.

La confiance ne consiste pas à obtenir la garantie que l'autre ne nous trompera jamais. Elle consiste aussi à construire, au quotidien, une relation que nous avons profondément envie de choisir et de préserver.

Et si la véritable question n'était plus : « Comment être certain que tu ne me tromperas plus jamais ? »

Mais plutôt :

« Comment pouvons-nous construire une relation dans laquelle, même lorsque d'autres possibles existent, nous avons profondément envie de continuer à nous choisir ? »


Véronique Bérard — Thérapie individuelle et thérapie de couple



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