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« Ça va ? » — « Oui. » : survivre à la conversation avec son adolescent

  • 10 juin
  • 3 min de lecture

En tant que thérapeute, mais aussi maman de deux adolescents de 14 et 16 ans, je constate que beaucoup de parents partagent la même frustration : celle d'avoir l'impression de devoir mener un véritable interrogatoire pour obtenir trois mots de réponse.


Vous connaissez peut-être cette scène :

— Ça s'est bien passé aujourd'hui ?— Oui.

— Qu'as tu fait aujourd'hui ?— Rien de spécial.

— Ça va ?— Oui.

— Tu es sûr ?— Oui.


À ce stade, certains parents ont déjà l'impression d'avoir dû utiliser des forceps pour accoucher d'une conversation.

Pourtant, les recherches actuelles en psychologie du développement et en pédopsychiatrie nous invitent à changer légèrement de stratégie.

Le problème n'est pas que nous posions des questions. Le problème, c'est que nous essayons parfois d'obtenir des informations alors que nos adolescents ont surtout besoin de sentir qu'ils peuvent les partager librement.

Les spécialistes observent que plus un adolescent se sent interrogé, moins il a envie de se confier. Non pas parce qu'il rejette ses parents, mais parce qu'il construit progressivement son autonomie et son jardin secret.

Paradoxalement, il a encore profondément besoin de nous… mais il supporte de moins en moins l'impression que nous fouillons dans ses pensées.


Alors que faire ?

Une piste souvent recommandée consiste à parler davantage de soi et un peu moins de lui.

Au lieu de :

« Alors, raconte-moi ta journée. »

Essayez parfois :

« Aujourd'hui, j'ai vécu quelque chose qui m'a un peu contrariée au travail. »

Ou :

« J'étais assez stressée ce matin avant un rendez-vous important. »

Puis laissez simplement l'information exister.

Sans attendre immédiatement un retour.

Sans ajouter :

« Et toi, tu ressens quoi ? »


Lorsque nous partageons avec simplicité certaines de nos émotions ou expériences, nous montrons que parler de soi est possible. Nous donnons l'exemple sans imposer l'exercice.


Autre observation intéressante : les meilleures conversations avec les adolescents ont rarement lieu autour d'une table, face à face.

Elles surgissent souvent en voiture, pendant une promenade, en préparant le repas, en rangeant quelque chose ensemble ou parfois à 22 h 47, précisément au moment où vous aviez décidé d'aller vous coucher.

Pourquoi ?

Parce que l'attention est partagée. Le regard n'est pas constamment posé sur eux. La pression diminue et la parole circule plus librement.


J'entends aussi souvent des parents s'inquiéter parce que leur enfant passe beaucoup de temps seul dans sa chambre.

Là encore, une question me paraît essentielle :

Votre enfant souffre-t-il de sa solitude ou souffrez-vous de le voir seul ?

La nuance est importante.

Nous avons tendance à projeter notre propre rapport à la solitude sur nos enfants.

Certains adolescents ont besoin d'être entourés en permanence. D'autres se ressourcent dans le calme. Certains entretiennent également des liens très réels par les réseaux sociaux, les jeux en ligne ou les messageries, même si cela ne ressemble pas aux amitiés que nous connaissions à leur âge.

La vraie question n'est donc pas :

« Pourquoi tu ne sors jamais ? »

Mais plutôt :

« Comment tu vis le fait d'être souvent seul en ce moment ? »

ou

« Est-ce que ça te convient comme ça ou est-ce qu'il y a des moments où ça te pèse ? »

Ces questions s'intéressent à son vécu plutôt qu'à notre inquiétude.


Au fond, les recommandations actuelles convergent vers une idée simple : notre rôle n'est pas d'obtenir des réponses à tout prix. Notre rôle est de créer un climat dans lequel nos enfants savent qu'ils peuvent parler lorsqu'ils en ressentent le besoin.


Nos adolescents ne nous donnent pas toujours accès à leurs pensées, mais cela ne signifie pas qu'ils nous excluent de leur vie.

Ils grandissent, ils s'éloignent parfois, ils ferment quelques portes… puis en ouvrent d'autres.

Notre travail n'est pas de forcer les serrures. Notre travail est de rester quelqu'un vers qui ils auront envie de revenir.

Et rassurez-vous : malgré les « oui », les « non », les « rien » et les haussements d'épaules, ils emportent souvent avec eux beaucoup plus de ce que nous leur transmettons que ce qu'ils sont prêts à reconnaître aujourd'hui.

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